Archive for février, 2010

fév 14 2010

Le Tapis de Kairouan

© Nicolas Fauqué / www.imagesdetunisie.com

Une production à la baisse
Dans le gouvernorat de Kairouan, le travail du tapis demeure la plus grande activité artisanale exclusivement féminine. D’ailleurs, on dénombre dans la région 25.000 artisanes.
C’est également un art qui puise dans le patrimoine du tapis turc avec pour décoration des formes géométriques illustrant les liens existants entre l’architecture islamique et le tissage traditionnel.
Durant les dix dernières années, l’ONA a encouragé les artisanes à produire davantage de nouvelles créations inspirées du patrimoine tunisien répondant à l’évolution des goûts de la clientèle et de la mode.
Par ailleurs, le gouvernorat de Kairouan produit annuellement une moyenne de 50.000 m2 de tapis et de tissage, soit 20% de la production nationale.
Néanmoins, on a constaté depuis cinq ans une diminution de la production due à l’exploitation des artisanes par des intermédiaires voraces, au prix de plus en plus cher de la matière première, au prix prohibitif du tapis et au nombre élevé de marginaux qui ne font que harceler les touristes pour aller vers tel ou tel magasin.
Pour plusieurs artisanes dont Mme Leïla Selmi, spécialisée dans le tissage à Al Ala, leur vœu est qu’elles puissent se retrouver au niveau de la formation, de la qualité de la production afin que leurs tapis et mergoums trouvent leur place au niveau de la commercialisation aussi bien en Tunisie qu’à l’étranger, et ce, à travers des campagnes promotionnelles et publicitaires. Cela sans oublier la nécessité de revoir la couverture sociale des artisanes, d’encourager les producteurs à créer davantage de points de vente, de contrôler la qualité des matières premières, des opérations de teinture et de filage selon un cahier des charges, de réorganiser le souk des tapis «Errabaâ» envahi par les intrus.
Par ailleurs, il serait souhaitable d’améliorer la qualité d’encadrement des artisanes afin qu’elles améliorent leur production et qu’elles passent de la texture 20 x 20 à celle de 30 x 30.
Notons dans ce contexte que du mois de janvier à octobre 2009, la région de Kairouan a produit 33.714 m2 de tapis contre 43.725 m2 pour la même période en 2008, soit une diminution de 22%. Et le prix du m2 de tapis en 2009 a varié de 50 à 80 D, celui du mergoum de 20 à 30 D. En 2008, le prix du m2 de tapis a varié de 70 à 75 D, celui du mergoum de 25 à 28D.
Article publié dans le journal la Presse écrit par Fatma ZAGHOUANI

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fév 10 2010

Récolte des fruits des pins d’Alep (zgougou)

© Nicolas Fauqué / www.imagesdetunisie.com

Une tâche rude et dure
• Production de 4 kilogrammes par ha
• Cette année, une production de fruits de pins d’alep inférieure à l’année dernière
• Le kilo à la production se vend à 10,500 D le kg

Jbel Mansour, zone de Sidi Saïd. Une pente escarpée serpente entre les rochers, vers une forêt de pins d’Alep qui s’étend sur plusieurs hectares sur la crête de la montagne. La journée a commencé comme d’ordinaire pour les six familles qui ont acheté, moyennant la modique somme de 2.000 dinars, la récolte sur pied d’un lot de 160 hectares pour la culture et la récolte des fruits des pins d’alep (zgougou) et qui se sont installées sous des tentes à l’abri des arbres. La récolte commence au mois de novembre et prendra fin vers la fin du mois d’avril.
Il fait encore nuit quand Mohamed Thabet s’est levé pour sillonner la forêt en long et en large, grimpant dans les arbres pour en cueillir les fruits. La tâche est dure et rude, mais l’homme, âgé d’une cinquantaine d’années, a bien fini par s’y habituer. Il répète machinalement les mêmes gestes mécaniques. Collecter le plus grand nombre de cônes, les mettre dans un couffin et les stocker près d’un four traditionnel qui a été creusé à même le sol. Des monticules se dressent ça et là près du four qui avait été allumé et qui dégage une forte chaleur. Les conditions sont réunies pour la première étape de l’extraction des graines. En effet, au contact de la chaleur, les cônes gonflent, s’ouvrent et libèrent les graines de «zgougou».
Cette cuisson dure au minimum sept heures. Après refroidissement, il faudra rassembler les graines, les frotter et les passer ensuite au tamis, pour détacher les petits ailerons fixés aux fruits. Les cônes vides sont ensuite collectés et stockés dans un coin. Ils pourront servir, par la suite, à alimenter le  feu des fours traditionnels.
Au cours d’une journée, l’ouvrier peut collecter environ 35 kilogrammes de fruits de pin d’alep. «Chacun choisit le rythme qui lui convient, souligne Mohamed. On peut commencer à quatre heures du matin et terminer à minuit. C’est un lot de 160 hectares. Par conséquent, il y a beaucoup de travail à faire. Il y a la collecte, le rassemblement, le stockage, l’extraction des graines…  Tous les jours, ce sera ainsi.
Afin de conférer plus d’efficacité à la tâche, les membres des six familles se partagent les rôles. Les uns assurent la collecte et le rassemblement des fruits et les autres se chargent du stockage et allument les fours traditionnels pour y mettre les cônes.
Et, à la fin de la semaine, les commerçants et les intermédiaires viennent acheter ce qui a été récolté au cours de la semaine. «Je vends actuellement le kilo de zgougou à dix dinars cinq cents millimes. Cette période coïncide avec le Mouled. Sinon, on le vendrait moins cher, au cours de la saison de la récolte», observe Mohamed. La récolte des fruits des pins d’alep se poursuivra jusqu’au mois d’avril.
Ensuite, ces ouvriers devenus exploitants et leurs familles plieront bagages pour rentrer chez eux, laissant la forêt retomber dans le silence jusqu’à la récolte prochaine.
Dans un coin, devant l’entrée d’une tente, M’na, une femme âgée d’une quarantaine d’années, surveille un gros chaudron posé sur un feu de bois. La femme n’a pas pu, cette année, aider son mari à collecter les fruits de pin d’alep, en raison d’une mauvaise chute qui a failli la laisser paralysée. «Chaque année, en période de récolte, j’aide mon mari à cueillir et collecter les fruits. Un jour, j’ai chuté du haut d’un arbre. J’ai dû subir une intervention chirurgicale sur mon dos. Depuis, je n’arrive plus à très bien marcher et je ne peux plus grimper. Par conséquent, j’ai changé de tâche et je surveille la cuisson des cônes dans les fours traditionnels. Ce travail est très  dur et comporte beaucoup de risques. C’est  le revers de la médaille». Dans une autre tente confectionnée à partir d’une grosse bâche en plastique, des enfants âgés entre deux et six ans, grelottant de froid, jouent seuls, sans surveillance, sur un vieux tapis déchiré recouvrant la terre battue. Pas l’ombre d’une couverture chaude ou d’un matelas. Pas de nourriture non plus. Un bébé dort dans un coin, suçant un biberon à moitié vide. Pour manger, tous ces enfants devront patienter jusqu’au retour de leurs parents en fin de journée, qui ont dû se lever très tôt pour aller grimper aux arbres cueillir les cônes dans les arbres.

Une maturation qui dure trois ans

Les pins d’Alep ont pour nom scientifique pinus halepensis, de la famille des pinacées. Ces arbres poussent à moins de 800 m d’altitude, sur un sol calcaire, vivent cent ans et peuvent résister à une température de moins 12°C.
Les forêts de pins d’Alep s’étendent tout le long de la dorsale tunisienne des frontières algériennes jusqu’au Cap Bon.
Une pluviométrie de 600 mm par an et un climat semi aride sont nécessaires à la production de fruits qui arrivent à maturation au bout de la troisième année.

Article de Imen HAOUARI paru dans le journal La Presse

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