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déc 22 2010

La grotte d’Aïn Dhab

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La grotte d'Aïn Dhab en Tunisie

La salle des Fistuleuses dans la grotte d'Aïn Dhab en Tunisie

© Nicolas Fauqué / www.imagesdetunisie.com

Le nom courant est : Ain dhab, veux dire la source de l’or, s’écrit parfois « Ain Dheheb » ou « ain dhahab » et sur la carte d’état-major de Djebel Serdj au 1:50.000, à la suite d’une erreur du cartographe français de la fin du dix-neuvième siècle, le nom figure même comme « Ain et Tseb »

L’eau de la source sort d’une grotte dans une zone humide souterraine, alimente un gour de 0,30 m de profondeur et se perd après 20 mètres de parcours à travers les éboulis puis alimente le petit oued Ain Dahab, avant de rejoindre l’oued Bou Abdallah qui rejoint l’oued Siliana, lui-même affluent de l’oued Mejerdah, principal fleuve du nord de la Tunisie, qui se déverse dans la Méditerranée

La source est d’un débit assez limité (4 litres/seconde) mais son eau est d’une qualité exceptionnelle, ayant un pH de 7,8 ; c’est une des eaux les moins polluées retrouvées au cours des études en Tunisie en 2004 et 2005.

La rivière souterraine réalise un milieu de biodiversité par excellence et possède les  fonctions et les valeurs de la zone humide du point de vue de la recharge de l’eau souterraine, de la maîtrise des crues, du captage des sédiments et  de la stabilisation des rives.

Site souterrain

1 – La rivière

-  se prolonge sur 700 mètres, la profondeur de l’eau allant de 30 cm à 2 m par endroit
-  Une véritable randonnée dans l’eau qui nécessite une bonne endurance du spéléologue car la progression dans l’eau fait dépenser beaucoup d’énergie, il s’agit d’un excellent exercice sur le plan aérobic et permet d’améliorer l’efficacité du système de transport de l’oxygène
il y a des passages difficiles et rigolo : des couloirs étroits où il faut enlever le casque et passer sur le côté, des passages à 4 pattes dans des siphons sinueux de 70 cm de diamètre et parfois ramper sur quelques mètres

2 - Les salles et les galeries étagées

- c’est là que le spéléologue s’éclate dans sa progression en utilisant presque tous les moyens spéléologiques : escalade, montée sur échelle, sur corde, passage sur mains courante …
- 5 à 6 étages passants par 9 salles de grandeur différente et de décor hallucinant
- pour arriver au fond de la grotte, il faut en minimum 6 h pour un groupe de 8 personnes

3 - Les lacs et cascades

- au fond de la rivière, une cascade d’une beauté qui ne peut être faite que par la nature ( nécessite 2 h de
progression dans la rivière )
- dans les étages plusieurs lacs, goures et cascades de taille différente selon les saisons

4 - les différentes concrétions

C’est là la particularité de la grotte, on retrouve presque tous les types de concrétions qui peuvent exister et surtout les fistuleuses qui sont parmi les plus longues au monde. La salle des fistuleuses est d’une beauté rare dans le monde.  Ces concrétions ou spéléothèmes seront revue en détail dans la page suivante.

Spéléothèmes

Il existe dans la grotte de Ain dhab, plusieurs types de concrétions, voici une illustration en image avec une petite explication de leur genèse. Les photos ont été prise bel et bien dans la grotte de Ain dhab.

Grotte d'Ain Dhab Tunisie

Grotte d'Aïn Dhab

© Nicolas Fauqué / www.imagesdetunisie.com

1- les stalactites et les fistuleusesCe sont les concrétions les plus courantes, rencontrés dans toutes les grottes, leur genèse est la plus classique. Leur origine est l’arrivée d’eau chargée du minéral au débit réduit par un orifice en plafond. L’évaporation de  cette eau en contact avec le CO2 entraîne un dépôt de calcite annulaire. Goutte-à-goutte se forme une stalactite tubulaire, cylindrique et creuse, c’est les fistuleuses qui sont transparente car monocristallines. Chaque nouveau cristal est déposé généralement en continuité cristallographique avec le précédent. L’obstruction de la tubulure entraîne le dépôt à l’extérieur de celle ci et forme l’aspect conique classique des stalactites. Les fistuleuses de Ain dhab ont une disposition en paquets dense avec une longueur de 6 mètres environ et sont considérées comme les plus belles et les plus longues du monde.

2   – les stalagmites Un goutte-à-goutte rapide ne permettra que la formation de stalagmites au sol

3   – les colonnes une colonne est formée par l’union de stalactite et de stalagmite

4   – les massifs stalactitiquesjonction de plusieurs stalactites

5   – l’oeuf au plat caractéristique des grottes de djebel serj et ressemble aus stalagmites perforées. Se forme quand la goutte qui atteint la surface de la stalagmite devient plus acide provocant une érosion du pourtour au lieu d’un dépôt

6   – les rideaux Appelé aussi draperies, quand la goutte d’eau immerge sur une paroi ou un plafond incliné et donc au lieu de goutter, elle s’écoule sur la surface en laissant un trait fin de calcite

7   – les spirocônes En forme de tire-bouchon, composé par un ensemble de cônes, juxtaposés,  ayant la concavité vers le sol et formant une spirale

8   – les disques ou écussons Plats, circulaires ou  demi-circulaires, soit oblique soit perpendiculaire aux parois de la caverne

9   – les méduses Quand les coulages volumineux et les massifs  deviennent des pendentifs

10 – les lustres Quand les coulages volumineux et les massifs  deviennent des pendentifs isolés aux plafonds

11 – les fleurs de gypse Cristaux de sulfate de calcium striés et tordus, assez fréquents dans les cavernes brésiliennes et la grotte Lechuguilla au Nouveau Mexique, on les retrouve aussi dans notre grotte

12 - les excentriques Certains les considère comme anomalies des concrétions car n’obéi plus à la pesanteur. A débit d’eau très réduit, soumis à des forces capillaires et de tension superficielle, des phénomènes physico-chimiques complexes, certains évoquent l’intervention de microorganismes bactériens. Les concrétions  se développent dans toutes les directions de l’espace. Il présente de très nombreuses formes cristallines, en général très belles en plusieurs formes :
- les aiguilles : fines cristaux transparents, environ 30 cm de long, très fines de 0,1 à 0,5 cm de diamètre
appelés aussi Hélicites et Héligmites (comme stalactite et stalagmite), hélicite sur le plafond et héligmite sur le sol
- les feuilles de calcite :  dessin de feuilles ascendentes ou de pétales.
- les coraloïdes : des nodules de calcite sur le sol ou les murs, en forme de bâton, chou-fleur, pop-corn  ou de grappes de raisin

13 – les épies et les chandellessont des stalactites localisées à une petite hauteur  de piscines d’eaux riches en carbonate. A cette extremité se forme une cristallisation du carbonate dissout, lui donnant cet aspect : chadelle, masses ou épie. Les couleurs de ces structures sont sombres dûes à la présence d’impuretés ou d’argile dans l’eau.

14 – lait de lune est un des plus intéressants biothèmes rencontrés en cavernes. Il s’agit d’un dépôt de consistence pâteuse ou poreuse, semblable a une argile blanche comme de la craie. Il peut être composé de plusieurs carbonates comme la calcite, l’aragonite, la magnésite …
Il est possible que le lait-de-lune provienne de l’action de microorganismes ( algues et bactéries )

15 – le barrage de travertin formes spéciales de coulage de calcite, des sortes de lames sinueuses qui barrent l’eau qui coule sur le sol rappelant un escalier innondé, avec une cavité tournée  vers le courant d’eau. La couleur la plus fréquente est le marron, en raison des impuretés présentes dans l’eau

16 – les perles des cavernes ont une structure concentrique. Se forment où il y a le goutte-à-goutte avec un  mouvement circulaire de l’eau qui donne la forme sphérique mais divers théories cherchent à expliquer sa genèse. Quand ils sont groupés on les appelle des nids de perles

Conservation du site – Conclusion

Le site de Ain dhab nécessite une protection pleinement justifiée, le paysage de surface constitué par l’équivalent d’un jardin botanique avec une diversité de sa flore et une richesse de sa faune. La grotte constituée par la rivière souterraine qui circule sur 700 mètres, et par le réseau de galeries étagées qui s’étendent sur deux kilomètres avec la beauté de ses lacs, de ses cascades et de ses concrétions, offre également un intérêt scientifique par la variété de son patrimoine paléontologique, minéralogique ou  biologique.

Plusieurs études scientifiques peuvent être entreprise tel que la faune de la grotte, les études paléontologique et minéralogique et biologique jusque là peu connues.

Ce milieu fragile est exposé aux risques de dégradations involontaires ou volontaires des visiteurs de la grotte mais aussi des activités à l’extérieure dans la forêt.

Texte extrait du site www.sportpourtous.org.tn

pour plus d’infos voir le site du club de spéléo de Zaghouan

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